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🎯 Objectif : Comprendre l’utilité de la tristesse

SANTÉ MENTALE : LA TRISTESSE, Comprendre son utilité et ses effets sur le Poumon (partie 1)
A lire avant (si ce n’est pas déjà fait 🤗)
– Introduction à la santé mentale en MTC
– Article précédent sur la joie
Partie 1 : Comprendre la tristesse selon la MTC, son utilité et ses effets sur le Poumon
La partie 2 paraîtra avec notre prochain article 🤫
📌 TABLE DES MATIERES
Bonjour Tristesse, l’émotion de l’automne
La tristesse, un passage nécessaire
Le Poumon en médecine chinoise : respiration et liquides
Excès et insuffisance du Qi du Poumon
La tristesse comme signal, l’espérance comme horizon

Photo de @Jennifer Myers
1. BONJOUR TRISTESSE, L’ÉMOTION DE L’AUTOMNE
Les effluves persistantes d’un barbecue d’été ont pendant un temps étouffé toute inspiration sur la tristesse. L’heure est venue, avec la rentrée des classes, de reprendre notre série sur la santé mentale.
Et puis, la rentrée est aussi le moment de verser une larmichette en voyant nos enfants partir à l’école. Il se pourrait même que, pour certains parents de jeunes enfants, ce soit (en secret) une larme de joie, tant la vie au travail est bien plus reposante que celle passée avec nos chérubins 24h/24… mais laissons cette hypothèse hasardeuse de côté.
La tristesse est une émotion qui se vit souvent en silence. Elle s’exprime parfois par des larmes, mais elle reste le plus souvent contenue. On la décrit comme un poids qui descend dans la poitrine, une gorge serrée, un cœur lourd.
Cette émotion intériorisée contraste avec les traditions anciennes des pleureuses, ces femmes chargées d’exprimer bruyamment le chagrin lors des funérailles : gémissements, cris, gestes théâtraux. Dans l’Antiquité comme dans certaines cultures plus récentes, la tristesse avait besoin d’être criée pour circuler. Les pleureuses permettaient d’exprimer ce que les proches n’arrivaient pas à manifester, en donnant voix à la douleur.
Notre époque tend, au contraire, à renfermer cette tristesse, trop de gêne, dans un monde où les valeurs de « happy life » sur les réseaux sociaux priment sur l’expression d’un sentiment moins à la mode.
Les pleurs eux-mêmes sont considérés comme le son qui correspond au Poumon. Faute de services de pleureuses professionnelles, les larmes ravalées bloquent le souffle, ferment la poitrine et alourdissent le mouvement vital.
Comme l’indique le Suwen, chapitre 23 : « La tristesse resserre le haut du corps, ferme la poitrine et réduit le souffle. » La respiration se fait alors superficielle. Des soupirs répétés apparaissent, comme une tentative de libérer l’oppression. Les côtes se contractent, et le corps adopte un mouvement d’effondrement : épaules affaissées, buste replié. Bref, tout un programme…
2. LA TRISTESSE : UN PASSAGE NÉCESSAIRE
Bien que la perspective de la tristesse ressemble à un vide abyssal sans goût, force est de constater qu’elle a son utilité :
En psychologie contemporaine comme en santé mentale :
- La tristesse permet de reconnaître une perte (relation, projet, illusion, santé…).
- Elle favorise le retrait temporaire, le ralentissement, pour intégrer ce qui s’est passé.
- Elle donne aussi un signal aux autres : les larmes ou le silence appellent le soutien et créent du lien social.
- Elle ouvre sur la capacité à tourner la page : sans tristesse, pas de deuil, et sans deuil, pas de reprise du mouvement vital.
La tristesse est donc utile parce qu’elle ouvre un passage. Exprimée et reconnue, elle transforme la perte en espérance. C’est seulement lorsqu’elle se bloque ou s’installe trop longtemps qu’elle devient étouffante.
En médecine chinoise, elle ouvre une respiration nouvelle ; on y revient ci-dessous.
3. LE POUMON EN MÉDECINE CHINOISE : RESPIRATION ET LIQUIDES
Les textes classiques soulignent le lien direct entre tristesse et perte d’énergie de la loge du Poumon.
- Huangdi Neijing Suwen : « La tristesse disperse le Qi. » (悲則氣消 bei ze qi xiao) → La tristesse a un mouvement descendant et consumant, elle épuise l’énergie vitale.
- Suwen, chapitre 39 : « La tristesse blesse le Poumon. » (悲傷肺 bei shang fei) → Elle est directement reliée au Poumon, qui gouverne le souffle et la respiration.
En MTC, le Poumon (entendez la loge énergétique du Poumon) gouverne le Qi, mais aussi la diffusion et la descente des liquides. Il agit comme un maître de la circulation : il diffuse les liquides vers la peau (sueur, protection externe) et aide leur descente vers le Rein et la Vessie. Quand le Qi du Poumon est affaibli ou bloqué par la tristesse :
- la diffusion se fait mal → peau sèche, ou au contraire humidité retenue,
- la circulation est entravée → la boucle du Souffle est ralentie donc les liquides descendent bien dans le bas du corps mais peinent à remonter, ce qui provoque des liquides stagnants dans le bas du corps. Résultat : œdèmes visibles aux chevilles et aux jambes, sensation de lourdeur.
4. EXCÈS ET INSUFFISANCE DU QI DU POUMON
Lorsque le Qi du Poumon est en excès ou en plénitude, on observe :
- pleurs, tristesse, soupirs,
- mélancolie, pessimisme,
- obsession du futur, sentimentalité accentuée, attitude romanesque, besoin affectif marqué.
À l’inverse, dans l’insuffisance ou le vide du Qi du Poumon, on retrouve :
- perte de l’instinct de conservation,
- désintérêt de soi, maladresse, perte de croyance,
- sentimentalité refoulée, tonalité suicidaire.
Zhang Jingyue (XVIe siècle) : « Quand la tristesse est extrême, le souffle se brise et ne peut se prolonger. » → On relie ici la tristesse à l’essoufflement et au risque de perte de vitalité.

Photo de @Jennifer Ramos
5. LA TRISTESSE COMME SIGNAL, L’ESPÉRANCE COMME HORIZON
La tristesse n’est pas seulement un fardeau intérieur. Elle a une fonction précise : signaler une perte, ralentir, et permettre de tourner une page.
En médecine chinoise, son lien direct avec la loge du Poumon explique pourquoi elle modifie notre souffle et notre vitalité, au cœur même de la santé mentale.
Dans la deuxième partie, nous verrons comment un vide du Poumon peut amplifier la tristesse, pourquoi elle s’installe parfois durablement, et comment retrouver l’espérance en rétablissant la circulation du souffle grâce aux principes de la médecine chinoise.
