Temps de lecture : 6 minutes

🎯 Objectif : Poser le cadre et rendre la peur intelligible

 

 

Image de la peur selon la médecine traditionnelle chinoise

SANTÉ MENTALE : LA PEUR, Comprendre la peur selon la médecine chinoise, son rôle et ses effets sur les Reins (partie 1)

 

A lire avant (si ce n’est pas déjà fait 🤗)

– Introduction à la santé mentale en MTC

– Article précédent sur la tristesse

Partie 1 : Comprendre la peur selon la MTC, son rôle et ses effets sur les Reins

La partie 2 paraîtra avec notre prochain article 

📌 TABLE DES MATIERES

La peur en médecine chinoise : émotion de l’hiver

Le lapin : symbole de la peur et de l’état de fuite en médecine chinoise

Peur face au danger et peur anticipatoire : comment la peur vide le Qi des Reins

Quand la peur s’installe : effets sur le comportement et le terrain des Reins 

Lien entre la peur, le Rein et le Cœur en médecine chinoise

Zhi, Reins et hypersensibilité : quand la peur affecte la décision
 

 

Lapin sauvage assis dans l'herbe, oreilles dressées, regard attentif, fond végétal jaune flou

1. LA PEUR EN MÉDECINE CHINOISE, L’ÉMOTION DE L’HIVER 

Vous avez peur de tout ? Vous sursautez ou imaginez le pire à chaque instant ? Vous êtes passé maître absolu dans l’art de la création de scénarios catastrophe pour toute situation.

Voici l’article qui clôture notre série sur la santé mentale en médecine chinoise, avec la dernière émotion abordée : la peur.

La peur est l’émotion associée aux Reins et à la saison de l’hiver.

Sans surprise, l’énergie climatique est le Froid, et une bonne énergie du Rein nous permet donc une adaptation au froid.

En MTC, la loge énergétique du Rein gère également les organes reins, aidés de son organe atelier, la Vessie. Elle s’occupe des os, des ligaments, des oreilles, de l’ouïe, des sinus et du larynx, de la reproduction, etc.

 

2. LE LAPIN : SYMBOLE DE LA PEUR ET DE LA FUITE EN MÉDECINE CHINOISE

Pour illustrer ce que devient cette émotion lorsqu’elle prend trop de place, la médecine chinoise s’appuie volontiers sur des images symboliques. Pour la peur, nous n’avons pas choisi l’animal qui fait peur, le prédateur, mais celui qui a peur : le lapin (ou le lièvre, car le caractère 兔 ne distingue pas lièvre et lapin).

Dans le Zhuangzi, le lapin apparaît comme proie. Il réagit dès qu’il perçoit une menace et fuit sans réflexion.

Hypervigilant, toujours à l’affût, il détale sans stratégie. On ne distingue plus que la petite queue blanche qui zigzague de gauche à droite, emportée par la réaction immédiate.

Le lapin incarne ainsi un mode de fonctionnement dominé par la fuite, où la survie prend le pas sur toute capacité de décision.

Cette fuite permanente n’est pas le signe d’un danger réel, mais d’un système qui reste en alerte. En médecine chinoise, c’est précisément ce passage d’une peur ponctuelle à une peur installée qui fragilise la loge du Rein.

3. PEUR FACE AU DANGER ET PEUR ANTICIPATOIRE : COMMENT LA PEUR VIDE LE QI DES REINS

Nous allons distinguer deux niveaux de peur.

D’une part, la peur immédiate face à un danger présent (réflexe de survie). Cette peur est la plus primitive, très utile pour déguerpir devant le mammouth, et heureusement la plus rare dans notre société actuelle.

D’autre part, il existe la peur anticipatoire, c’est-à-dire avoir peur que quelque chose n’arrive. Cette forme de peur est beaucoup plus dommageable pour la santé mentale, car elle ne dépend plus d’un danger concret. Elle s’étend à tous les domaines de la vie et semble sans limite : peur du jugement, de l’échec, du rejet, de la perte de ressources, de l’abandon, peur de ne pas être à la hauteur, d’en faire trop ou pas assez, d’être ridicule, de se tromper, de faire le mauvais choix, de prendre une mauvaise décision, de regretter, de souffrir, de mourir ou simplement de se sentir perdu.

Dans ce fonctionnement, la peur n’est plus une épice que l’on ajoute ponctuellement. Elle devient le bouillon dans lequel on nage en permanence, que l’on soit dans l’action ou que l’on décide de ne rien faire.

En médecine chinoise, cette peur qui dure lèse les Reins et vide le Qi.

4. QUAND LA PEUR S’INSTALLE : EFFETS SUR LE COMPORTEMENT ET LE TERRAIN DES REINS

En s’installant durablement, la peur agit comme de l’eau qui s’infiltre dans un joint déjà fragilisé. Elle commence par un point précis, puis gagne progressivement d’autres volets de la vie : la sphère amoureuse, les relations amicales, la vie familiale, la parentalité, le travail ou l’engagement associatif. À force de pression, surtout par temps de gel, le joint finit par céder et tout déborde.

Le lien avec l’extérieur se distend. La solution devient alors le repli sur soi. La personne réduit les échanges et limite les prises de risque pour se protéger d’un environnement perçu comme menaçant.
Pour se sentir en sécurité, on ne peut faire confiance qu’à soi-même. Apparaissent alors une rigidité et un besoin de contrôle, avec une difficulté croissante à accepter ce qui échappe à la maîtrise.

Dans ce contexte, le sacrifice de soi devient une règle implicite. Par principe ou par devoir, on donne beaucoup aux autres et très peu à soi. Recevoir devient inconfortable, parfois impossible.

Exemple de Clara

Clara élève seule ses enfants. Dans son travail, la charge s’est alourdie après le départ d’un collègue non remplacé. Ses horaires sont régulièrement modifiés, ce qui complique fortement l’organisation de sa vie familiale monoparentale. Elle sait que la situation n’est pas juste, mais elle peine à se rendre visible et à prendre sa place. Lorsqu’elle exprime son malaise, on lui renvoie qu’elle « s’en sort bien » et qu’elle a déjà une situation enviable. Elle reste en poste par loyauté et par devoir, au détriment de sa propre stabilité.

Exemple de Bérangère

Bérangère explique qu’elle préfère ne pas s’engager dans une relation. Elle redoute l’intensité émotionnelle et la possibilité d’un abandon. Pour se protéger, elle choisit une vie très cadrée, faite de repères stables et de conforts maîtrisés. Toute relation pourrait fissurer cet équilibre. Elle préfère renoncer à une relation plutôt que de s’exposer à une perte ou à une remise en question de son organisation de vie.

Lorsque la peur dure, elle fait descendre le Qi et affaiblit la loge du Rein. La perte de tenue interne entraîne des stratégies de compensation visibles dans le comportement, comme le repli, le contrôle ou le surengagement.

5. LIEN ENTRE LA PEUR, LE REIN ET LE COEUR EN MÉDECINE CHINOISE

La lecture en médecine chinoise repose sur la théorie des 5 éléments, dans laquelle les cinq organes trésor — Foie, Cœur, Rate, Poumon et Rein — interagissent en permanence à travers deux grands mouvements : le cycle d’engendrement et le cycle de domination.

Dans le cycle d’engendrement, chaque organe soutient le suivant. Le Rein, associé à l’Eau, nourrit le Foie et soutient indirectement le Cœur. Cette dynamique permet une circulation harmonieuse des souffles et une stabilité émotionnelle.

Dans le cycle de domination, chaque organe régule un autre organe afin d’éviter les excès. C’est principalement ce cycle qui nous intéresse ici. Quand la loge du Rein est équilibrée, elle modère le Cœur, comme un oncle modère son neveu. Elle soutient le Cœur et permet une joie stable ainsi qu’un amour incarné.

Lorsque la loge du Rein est affaiblie, soit parce qu’elle n’est pas suffisamment nourrie, soit parce qu’elle est fragilisée par la peur, elle ne joue plus son rôle de régulation. Elle soumet alors le Cœur au lieu de le contenir. Les Chinois disent que l’Eau éteint le Feu.

Dans cette configuration, la peur étouffe la joie et l’amour. Le Cœur perd sa capacité à rayonner librement, et la joie ne peut plus s’exprimer de manière stable.

L’idée clé en médecine chinoise est alors de comprendre que le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur.

Notre capacité à être dans la joie et dans l’amour dépend donc du socle de l’énergie du Rein. Lorsque la peur peut circuler sans s’ancrer, le Cœur retrouve sa liberté de rayonnement.

6. ZHI, REINS ET HYPERSENSIBILITÉ : QUAND LA PEUR AFFECTE LA DÉCISION

Les Reins abritent le Zhi, qui correspond à la branche psychique du Rein.
Le Rein est aussi le logis de la décision et de la volonté. Il soutient la capacité à choisir, à s’engager et à tenir une direction dans le temps.

Lorsque la loge du Rein est solide, cette fonction est opérante. La personne peut décider sans se disperser, trancher sans se rigidifier et avancer sans se sentir menacée par les conséquences de ses choix.

Quand la peur fragilise les Reins, cette capacité s’altère. Décider devient coûteux. Choisir expose au risque de se tromper. Plus la décision engage, plus l’inconfort augmente.

Pour des choix simples, comme hésiter entre un pull bleu ou un pull rouge, la difficulté peut être contournée en prenant les deux. En revanche, dès qu’un choix engageant se présente, comme la couleur d’une voiture, l’indécision commence à peser et à immobiliser.

Quand décider coûte trop, on organise le monde pour ne plus avoir à décider.
Et ça, c’est du Rein, pas de la psychologie.

Par exemple, prenons le cas de Laurette. Elle aime recevoir des cadeaux, mais elle évite d’en faire. Le choix du cadeau l’expose à la possibilité de se tromper, de choisir le mauvais cadeau. Pour éviter l’inconfort lié à cette décision, elle propose alors de supprimer les cadeaux dans la famille. Il ne s’agit pas d’un désintérêt pour les autres, mais d’une stratégie d’évitement face à une décision vécue comme trop coûteuse.

Lapin sauvage<br />
vu de dos, corps arrondi, posture compacte au sol, oreilles légèrement tournées

Cette fragilisation de la fonction de décision peut s’accompagner d’une perte de tenue intérieure, en particulier lorsque la peur s’installe dans la durée. La frontière entre l’intérieur et l’extérieur devient alors moins nette. Les stimulations pénètrent plus facilement, sans filtre suffisant.

Dans cette lecture, l’hypersensibilité ne correspond pas à un excès de perception. Elle traduit un défaut de contenance lié à une peur ancienne ou répétée. La personne ne perçoit pas davantage. Elle contient moins.

Cette manière de comprendre l’hypersensibilité à partir du Rein et du Zhi ouvre d’autres perspectives.
Dites-nous si vous souhaitez que nous y consacrions un article spécifique.

Dans la deuxième partie, nous irons plus loin : comprendre pourquoi la peur ne change pas le danger, mais transforme profondément la manière dont il est traversé, et comment le travail sur le Rein permet de sortir de la vigilance permanente.

Social Share Buttons and Icons powered by Ultimatelysocial