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🎯 Objectif : Décrire les effets de la peur sur le terrain et les leviers de régulation possibles.
SANTÉ MENTALE : LA PEUR — Sortir de la vigilance permanente par le travail du Rein (partie 2)
A lire avant (si ce n’est pas déjà fait 🤗)
– Introduction à la santé mentale en MTC
– Partie 1 : Comprendre la peur selon la MTC, son rôle et ses effets sur les Reins
📌 TABLE DES MATIERES
La peur ne change pas le danger : lecture de la médecine chinoise
De la peur à la colère, puis à la souffrance
Gérer la peur : travail de fond sur la loge du Reins
Conclusion de la série sur la santé mentale en médecine chinoise
1. LA PEUR N’ÉVITE PAS LE DANGER : LECTURE DE LA MÉDECINE CHINOISE
La peur n’empêche pas l’événement de survenir, mais elle modifie profondément la manière dont il est perçu et traversé (si pour autant on enlève toutes les peurs liées à un événement qui ne se produira jamais). Lorsque la peur s’installe, l’état interne change : le Qi descend et l’ancrage s’affaiblit. La lecture du danger devient alors moins lucide, plus réactive, parfois déformée, même lorsque la situation n’est pas objectivement menaçante.
Le danger reste le même, mais le terrain à partir duquel on y fait face ne l’est plus.
Cette distinction rejoint une réflexion formulée en 1933 par Alfred Korzybski dans son ouvrage Science and Sanity : La carte n’est pas le territoire. Ce que nous anticipons ou redoutons n’est jamais la réalité elle-même. Lorsque la projection prend le pas sur l’observation, la peur s’installe durablement.
La médecine chinoise se rapproche davantage d’une pensée non aristotélicienne. Elle ne raisonne pas en termes figés, mais en relatif. Tout y est mouvement et transformation. Le Yin se définit par rapport au Yang, et inversement.
En montagne, l’adret est le versant le plus exposé au soleil : il est Yang. L’ubac, plus froid et plus sombre, est Yin. En parallèle, ce qui est en hauteur est Yang par rapport à ce qui est bas, qui est Yin. Donc, même à l’ubac, le versant reste Yang par rapport au fond de la vallée qu’il domine, qui est Yin.
Dans cette logique, un déséquilibre n’est jamais définitif. Ce qui pose problème n’est pas la peur en elle-même, mais le fait qu’elle fige la lecture du réel et maintienne le système en alerte permanente.
Exemple de la mamie :
Une grand-mère très angoissée confie que son bonheur dépend de celui de son petit-fils. En projetant sans cesse des scénarios négatifs sur la vie de son petit-fils, elle reste en vigilance continue, alors qu’elle n’a aucun contrôle sur sa vie et que ce n’est pas son rôle. Cette peur projetée épuise le Rein et empêche une lecture ajustée de la situation.
Lorsque la projection cède la place à l’observation, le Qi peut à nouveau circuler. La peur ne disparaît pas, mais elle cesse de gouverner la manière dont l’événement est vécu.
2. DE LA PEUR À LA COLÈRE, PUIS À LA SOUFFRANCE
En médecine chinoise, une émotion non régulée ne reste jamais isolée. Elle circule, se transforme et finit par affecter d’autres fonctions.
Lorsque cette peur dure, le Rein ne soutient plus correctement le Foie. Le terrain devient alors propice à une autre réaction.
Privé de cet appui, le Foie voit son Qi se bloquer. Cette tension s’exprime sous forme de colère.
Lorsque cette colère persiste, le Qi du Foie peut se transformer en Feu. Ce Feu agresse le Cœur, qui gouverne le Shen. À ce stade, la joie se trouve étouffée et la clarté mentale altérée. L’individu entre alors dans un état de souffrance, au sens d’une perte d’harmonie entre le Cœur et les autres organes, avec un retentissement à la fois psychique et corporel.
Cette dynamique est étonnamment bien résumée par Yoda dans Star Wars – Épisode I : La Menace fantôme – à lire avec la voix originale 🙂 :
« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. »
Loin d’être une leçon morale, cette phrase décrit une succession d’états internes. Elle rejoint très directement l’observation de la médecine chinoise : une émotion non contenue ne disparaît pas. Elle se déplace et finit par désorganiser l’ensemble.
Dans cette lecture, la souffrance n’est pas une fatalité. Elle est le signe que la régulation a été dépassée plus en amont. Revenir au terrain du Rein permet alors de comprendre pourquoi la colère s’est installée et pourquoi la joie ne peut plus circuler librement.
3. GÉRER LA PEUR : TRAVAIL DE FOND SUR LA LOGE DU REIN
Le travail du praticien Zhong Fu ne consiste pas à rassurer ou à gérer l’émotion sur un plan mental, mais à lire le terrain rénal avec les pouls chinois.
Lorsque la peur s’installe dans la durée, elle n’est plus seulement une réaction émotionnelle. Elle s’inscrit dans le terrain. La circulation du Qi du Rein peut alors être perturbée par des empreintes anciennes, notamment liées à certains germes, qui maintiennent la loge du Rein en état d’alerte permanente.
L’isothérapie est utilisée dans ce contexte comme un outil de terrain. Elle ne vise pas à calmer la peur, mais à lever progressivement les barrières qui empêchent la loge du Rein de fonctionner normalement. En travaillant sur ces empreintes, le système peut sortir du mode vigilance et retrouver une circulation plus fluide du Qi.
Ce travail est également associé à une relance du Qi du Cœur pour permettre une meilleure circulation du Shen. Ces ajustements nourrissent une qualité fondamentale : l’espérance, au sens d’une capacité à se projeter sans être envahi par la peur.
Lorsque la loge du Rein retrouve sa capacité à contenir et à soutenir, la peur cesse progressivement d’être un état permanent. Elle redevient un signal ponctuel, adapté à la situation, au service de l’ajustement et non plus de la survie.
4. CONCLUSION DE LA SÉRIE SUR LA SANTÉ MENTALE EN MÉDECINE CHINOISE
LA PEUR EN MÉDECINE CHINOISE : RETROUVER UNE FONCTION D’AJUSTEMENT
Tout au long de cette série consacrée à la santé mentale en médecine chinoise, nous avons parcouru les cinq émotions et leur ancrage avec leur loge énergétique :
- la colère en lien avec le Foie,
- la rumination avec la Rate,
- la joie avec le Cœur,
- la tristesse avec le Poumon et enfin
- la peur avec le Rein.
Dans cette lecture, les émotions ne sont jamais des problèmes à supprimer. Elles sont des mouvements du vivant, qui prennent sens lorsqu’ils sont reliés au terrain. Ce n’est pas l’émotion en elle-même qui déséquilibre, mais sa durée, son intensité ou l’incapacité du système à la contenir.
Pour la peur, la médecine chinoise est très claire. Lorsqu’elle s’installe, elle lèse les Reins, affaiblit le Qi et altère la capacité de tenue interne. La peur n’évite pas le danger, mais la manière de le traverser, oui.
L’enjeu n’est donc pas de faire taire la peur, mais de travailler le terrain du Qi du Rein pour qu’elle ne devienne pas un état permanent. Lorsque la loge du Rein retrouve sa stabilité, la peur reprend sa juste place. Elle redevient un signal ponctuel, utile, au service de l’adaptation.
Une bonne énergie du Rein ne rend pas la vie plus simple, mais elle la rend plus habitable. Elle permet de rester ancré quand l’environnement est incertain, de décider sans s’effondrer sous le poids des conséquences, de s’engager sans devoir tout contrôler.
Lorsque le Rein est soutenu, la peur peut apparaître sans envahir. Elle informe sans paralyser. Elle n’oblige plus à se replier, à anticiper sans cesse ou à vivre en état de vigilance permanente. Elle laisse de la place à l’élan, à la joie et à la relation.
Quand la vague de peur se retire, ce qui demeure, c’est ce socle intérieur — les Reins, l’Eau, le Zhi — cette capacité à rester dans l’axe même lorsque l’environnement devient incertain. Et sans jouer les oiseaux de mauvais augure, il est probable que cette qualité nous soit précieuse pour traverser les turbulences qui s’annoncent.
Prendre soin de l’énergie du Rein, c’est se donner les moyens de traverser la vie avec plus de stabilité, de discernement et de liberté intérieure.




