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🎯 Objectif : Suivre le chemin du bol alimentaire et comprendre comment la Médecine Chinoise relie chaque étape au foyer médian.
LE PARCOURS DU BOL ALIMENTAIRE : COMPRENDRE LA DIGESTION EN MÉDECINE CHINOISE
1. INTRODUCTION : POSER LES BASES DE LA DIGESTION EN MÉDECINE CHINOISE
Pour les semaines à venir nous allons redécouvrir ce qui nous fait vivre au quotidien : le système digestif, ce processus qui, à partir d’une simple bouchée, va nourrir notre corps, et la vision précise de la médecine chinoise.
Digérer c’est d’abord manger et manger c’est vivre.
La médecine chinoise considère ainsi le système digestif comme un axe central de la vitalité.
C’est dans ce foyer que la nourriture, les émotions et les expériences se transforment en énergie vivante.
Avant de passer à la lecture chinoise, nous vous proposons de revenir sur la physiologie de notre système digestif. On assiste à une délicieuse confusion entre des termes médicaux bien définis et du langage courant pour désigner (parfois sous couvert de pudeur) des problèmes intestinaux divers et variés… Je vous propose donc de dénouer nos nœuds dans le ventre avec des mots simples.
Les articles suivants aborderont les fonctions yin et yang de ce mécanisme interne. Les organes ne « dysfonctionnent » pas : ils manquent d’énergie vitale et peinent à restaurer leur structure pour faire ce qu’ils savent déjà parfaitement faire.
Pour commencer, revoyons les bases avec ce premier article sur le bol alimentaire. A cette occasion, prenons un instant pour saluer le paresseux, animal emblématique de la digestion lente : une feuille croquée pourra être digérée et éliminée près de deux semaines plus tard.
2. LE PARCOURS DU BOL ALIMENTAIRE
Le chemin qu’emprunte le bol alimentaire pour devenir l’énergie qui va nourrir notre esprit, notre corps et nos journées, est un chemin sinueux que nous pouvons suivre heure par heure jusqu’au lendemain. En effet, à la différence du paresseux, l’humain nécessitera « seulement » de 48 à 72h de l’ingestion à l’élimination.
Voici comment notre petit déjeuner de 7h ouvre le singulier cycle de la digestion :
- Bouche (7 h – 7 h15)
La digestion débute ici : la salive commence à dégrader les sucres tandis que la mastication prépare mécaniquement le bol alimentaire. - Œsophage (7 h15 – 7 h20)
Par des contractions musculaires (péristaltisme), il fait descendre le bol vers l’estomac. - Cardia (clapet supérieur)
Ce sphincter est la porte d’entrée de l’estomac. Il empêche les reflux d’acide vers l’œsophage. - Estomac (7 h20 – 9 h)
Il brasse le bol alimentaire avec les sucs gastriques pour en faire un mélange semi-liquide : le chyme.
En sortie, un autre sphincter, le pylore, s’ouvre par petites impulsions pour libérer ce chyme vers le duodénum. - Duodénum (9 h – 9 h30)
Première portion de l’intestin grêle, où arrivent la bile produite par le foie et stockée par la vésicule biliaire, ainsi que les sucs pancréatiques (hé oui, produits par le pancréas). C’est la zone de neutralisation de l’acidité et de poursuite de la digestion chimique.
5 bis. Rate où es-tu ?
La rate se situe à gauche de l’estomac, juste sous le diaphragme.
Elle n’est pas traversée par le bol alimentaire : elle agit en parallèle du système digestif, en lien direct avec la circulation sanguine.
En effet, elle filtre le sang, appelé sang splénique, qui contient :
- des globules rouges vieillis à détruire,
- des plaquettes en réserve,
- et des cellules immunitaires
Lorsque le duodénum et l’intestin grêle absorbent les nutriments, ceux-ci passent dans les capillaires sanguins de la paroi intestinale. Le « sang nutritif » ainsi enrichi rejoint le système porte (veine porte hépatique), qui le conduit vers le foie.
La rate est connectée à ce même réseau veineux : elle envoie dans la veine splénique (ou veine de la rate) son « sang splénique », chargé de cellules à recycler et de plaquettes. Cette veine dreine aussi une partie du sang du pancréas et de l’estomac.
Cette veine splénique rejoint la veine mésentérique supérieure pour former la veine porte hépatique, qui amène le sang nutritif et sang splénique au foie, où se font les dernières étapes de tri et de transformation.
- Intestin grêle (9 h30 – 13 h environ)
Environ 6 à 7 mètres de long.
Reprenons le parcours du bol alimentaire arrivé du duodenum : c’est ici que se fait l’absorption des nutriments : acides aminés, sucres simples et acides gras.
Il trie le pur (assimilable) de l’impur (destiné à être éliminé).
« Grêle » signifie “fin” et non “court”. Le grêle est long, étroit et très replié ; le gros intestin est plus large, mais beaucoup plus court. - Jonction iléo-cæcale et appendice (vers 13 h)
L’intestin grêle débouche dans le cæcum, première partie du gros intestin.
À cet endroit se trouve l’appendice vermiforme, petit prolongement du cæcum, qui contient des tissus immunitaires et sert de réservoir pour la flore bactérienne.
Son inflammation provoque l’appendicite. - Gros intestin (environ 13 h – lendemain vers 6 h)
Long d’environ 1,5 mètre, il comprend :- Cæcum (partie initiale)
- Côlon ascendant (monte à droite)
- Côlon transverse (horizontale)
- Côlon descendant (descend à gauche)
- Côlon sigmoïde (avant le rectum)
Le gros intestin réabsorbe l’eau, compacte les matières et abrite le microbiote intestinal — un écosystème de bactéries, levures et micro-organismes.
Ces hôtes terminent la fermentation des résidus, produisent certaines vitamines (comme la K et la B12), stimulent l’immunité et renforcent la muqueuse intestinale.
Même si la majeure partie des nutriments a été absorbée par l’intestin grêle, le microbiote joue un rôle clé dans la santé immunitaire et la protection de la barrière intestinale.
- Rectum et anus (le lendemain matin, vers 6 h–8 h)
Le rectum agit comme réservoir avant l’évacuation par l’anus.
Ces deux segments ne font pas partie du côlon, mais constituent la fin du gros intestin.
- Foie
Pour clore ce cycle engagé dès la première bouchée, il reste à comprendre l’action du foie. Une fois qu’il reçoit le sang provenant du système porte alimenté par l’intestin grêle, la rate, l’estomac et le pancréas, il le filtre, le stocke et transforme ses apports.
Il met en réserve le glucose sous forme de glycogène et métabolise les lipides et les acides aminés.
Enfin, il neutralise les substances toxiques éventuelles comme des médicaments, l’alcool ou des déchets issus du métabolisme.
📸 @ Jean Paul Montanaro
3. LE CIRCUIT DU SANG NUTRITIF APRÈS LA DIGESTION
On appelle « sang nutritif » le sang qui, après le passage dans l’intestin grêle, s’est chargé des nutriments issus de la digestion. Ce sang nutritif, désormais purifié et enrichi en nutriments utilisables, quitte le foie par la veine porte hépatique, qui se jette dans la veine cave inférieure.
De là, le sang retourne au cœur droit, passe par les poumons (où il s’oxygène), puis revient au cœur gauche.
Enfin, il est redistribué via le système artériel à toutes les cellules du corps, qui reçoivent ainsi oxygène et nutriments : c’est la phase finale de la distribution énergétique.
4. LA PHYSIOLOGIE ÉNERGÉTIQUE SELON LA MÉDECINE CHINOISE : LE FOYER MÉDIAN EN ACTION
En Médecine Chinoise, le système digestif représente le foyer médian, centre vital de la transformation.
Il est gouverné par les loges de la Rate et de l’Estomac.
C’est là que s’élabore le Qing Qi, l’énergie nutritive issue de la nourriture et de l’air. Ce Qing Qi nourrit l’ensemble des tissus et des organes : c’est l’apport qui alimente chaque cellule du corps.
Le pancréas est rattaché à la Rate, tandis que le duodénum et l’œsophage relèvent de l’Estomac. L’Intestin grêle sépare le clair du trouble (absorption), le Gros intestin gouverne la transmission et l’évacuation, et le Foie assure la libre circulation du Qi qui coordonne montée et descente digestives.
Lorsque cette transformation se déroule harmonieusement, le corps est chaud, centré et stable.
Mais si la circulation se bloque — par froid, excès, stress ou fatigue — la fluidité du Qi se rompt, et les symptômes apparaissent : lenteur digestive, ballonnements, fatigue, douleurs, constipation ou diarrhée.
Selon la Médecine Traditionnelle Chinoise, chaque organe travaille à un moment précis du cycle des 24 heures.
Le Cœur et l’Intestin Grêle agissent en milieu de journée (11 h à 15 h) : c’est le temps de la séparation entre le pur et l’impur, exactement comme sur le plan physiologique.
Puis, dans les premières heures du matin (5 h à 7 h), vient la période du Poumon et du Gros Intestin : le corps élimine, expulse, se vide pour se renouveler.
Ces horaires ne sont pas symboliques : ils traduisent la respiration même du vivant.
Le Qi circule, descend, se régénère ; ce rythme détermine autant la digestion que l’humeur ou la clarté du réveil.
👉 Pour comprendre comment ce cycle énergétique influence le sommeil, la digestion et les réveils nocturnes, retrouve l’article “L’horloge chinoise : notre corps au rythme des marées énergétiques” sur le blog de l’École Zhong Fu.
Nous restons ici sur le fonctionnement global du foyer médian. Les articles qui suivront préciseront les dynamiques yin et yang liées à la bouche, à l’estomac, aux intestins et aux troubles d’évacuation. Chacune de ces étapes possède un mouvement propre que nous verrons en détail
📸 @Natalia Shuvalova
5. CONCLUSION : RELIER PHYSIOLOGIE ET LECTURE CHINOISE POUR MIEUX COMPRENDRE LA DIGESTION
Nous avons vu aujourd’hui que le bol alimentaire, carburant initial , doit parcourir un trajet non négligeable avant de pouvoir nous nourrir et être expulsé. Ce sont tout autant d’étapes qui peuvent présenter des dérèglements amenant à une mauvaise assimilation ou à une perturbation de notre métabolisme.
Quand cette transformation se fait correctement, le corps reste stable et rayonne de chaleur intérieure ; mais lorsqu’elle se bloque — par stress, par froid, par excès ou par épuisement — la circulation du Qi s’interrompt et les symptômes se manifestent.
Dans les prochains articles, nous verrons les fonctions Yin et Yang mais aussi les déséquilibres des étapes digestives suivantes :
- de la bouche à l’estomac
- des intestins, autant de l’intestin grêle que du gros intestin
- et mention spéciale pour la constipation
A très bientôt pour la suite de nos articles sur le système digestif.




